La "3e révolution agricole" est en marche et la France compte bien en faire partie. C’est en tout cas ce qu’affirmaient Julien Denormandie et Cédric O, respectivement ministre de l’Agriculture et ministre de la Transition numérique à l’époque, lors de l’édition de 2022 du Salon de l’agriculture. Ils annonçaient l'inclusion de l’agritech dans le plan d’investissement France 2030 et l’allocation de 2,3 milliards d’euros au secteur.
La France, première nation agricole de l’UE, fait en effet partie des pays européens où l’agritech, l’innovation technologique au service du secteur agricole, est la plus développée, talonnée par les Pays-Bas.
Les agriculteurs et agricultrices font partie des Français qui utilisent le plus la technologie au sein de leur activité professionnelle. Les trois quarts d’entre eux possèdent au moins une machine robotisée et 81 % utilisent Internet dans le cadre de leur activité professionnelle. La moitié d’entre eux se servent aussi de GPS directement intégrés aux tracteurs dans le but d’optimiser le rendement de leurs parcelles.
L'agridata, un secteur en expansion
Les nouveaux défis auxquels fait face le monde agricole sont nombreux et les startups d’agritech se multiplient pour tenter d’y répondre. Parmi les secteurs qui explosent se trouve celui de l'agridata. Gérer une exploitation peut rapidement devenir un casse-tête face à la quantité de données à prendre en compte, entre météo, gestion des ressources, trésorerie, délais et normes à respecter, etc.
Baoba fait partie de ces startups qui se sont lancées dans l’agridata. Elle met à disposition des agriculteurs une application permettant de gérer dans un seul lieu l’ensemble des données de la ferme afin de suivre en direct sa production, animale comme végétale. Elle permet de visualiser son exploitation sous forme de carte interactive, de créer des tableaux de bord personnalisés, ainsi qu’un réseau social interne afin que les professionnels puissent se concerter.
La startup revendique un gain de temps phénoménal pour les agriculteurs, leur permettant de diviser par deux le temps attribué aux tâches administratives. Dans une interview à Ouest-France, Frédérick Mouvier, co-fondateur, expliquait vouloir aider à "l’installation des jeunes avec des outils qu’ils connaissent pour permettre le renouvellement des générations". La moyenne d’âge de la profession dépasse en effet les 50 ans.
Pour aller plus loin : " La transition écologique Made in France”
L’agridata ne concerne toutefois pas uniquement les données administratives d’une ferme mais aussi celles de l’environnement dans lequel elle se trouve. La startup Starfish Bioscience est parvenue à marier gestion de données et biotech, une autre branche de l’agritech qui repose sur l'innovation biologique.
Des décennies d’utilisation d’intrants chimiques ont appauvri les sols agricoles. Face à ce défi environnemental et économique, Starfish Bioscience propose aux agriculteurs d’analyser le microbiote de leurs sols afin d’en évaluer la santé. Elle peut ensuite proposer des solutions adaptées à chaque résultat, permettant aux exploitations d’améliorer leur rendement sans abuser des engrais et de restaurer les propriétés initiales de leurs terres.
L'innovation face à la crise de l'eau
Le secteur de la biotech, en pleine expansion, est un allié de taille dans l’adaptation du monde agricole face aux défis à venir. La gestion de l’eau fait partie des plus préoccupants et l'agriculture est le secteur qui en consomme le plus. Lancée en 2017, Elicit Plant propose des solutions brevetées permettant aux plantes de mieux résister au stress hydrique grâce à l’ajout de phystérol, une molécule qui aide la plante à mieux la retenir. Répondant à un enjeu international, la startup a annoncé en novembre 2024 une levée de fonds de 45 millions d’euros pour aider à son expansion.
L’agritech est aussi à l’assaut de la robotique, domaine omniprésent des exploitations européennes. Si certaines machines sont décriées pour leur coût et leur consommation, tous deux exorbitants, ces dernières peuvent devenir de vrais atouts de la protection de l’environnement.
Vitirover a lancé en 2010 son robot autonome et tout terrain, spécialisé dans l’entretien de terrain complexe, comme les vignes ou les cultures maraîchères, mais également les bordures de voies de chemin de fer. Guidés par GPS et fonctionnant à l’énergie solaire, ces petits robots ont une autonomie de 16h durant laquelle ils peuvent entretenir environ 1 hectare.